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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 20:25

 Les toiles que nous avons passé des années à scruter dans les galeries avaient souvent un petit air complice des modes qui courent, et qui s'arrêtent quand les modes prennent fin. Habitués à ces incertitudes conceptuelles sur lesquelles il faut composer des papiers lumineux, nous avions pris l'habitude de broder au petit point des paragraphes d'alchimiste bien abstraits. C'était comme une houle qui ne porte pas loin, des courants qui ne font jamais quitter la côte, qui ne donnent jamais le mal de mer ni le mal des cimaises. Puis arrivèrent les hardis tapageurs de la figuration libre, d'autres trublions non cotés en bourse, et ce fut comme un coup de tonnerre salutaire. A côté de nos grands sanctuaires de toujours: les Piero della Francesca ou les Hélion, les Magnelli, et naturellement les Klee et les Kandinsky – mystérieux, galactiques, surhumains, par qui on respire la pensée. Et puis, ô surprise, il y eut encore un jour et il y eut encore un matin. Et il y eut encore des arbres, et encore des poissons et encore des fonds marins, car cela ne suffisait sans doute pas à cette créatrice qui rivalisait d'audace avec toutes les inventions de la vie et son apparat de couleurs. La première et bizarre rencontre avec Cristina Rodriguez s'est faite autour de Moussorgsky et ses  célèbres Tableaux d'une exposition. Nous avions eu, personnellement, l'idée de refaire une transcription littéraire du thème qui carillonne tout au long de cette pièce (écouter la version Richter, Sofia) – et voilatipa que nous trouvâmes qu'à l'âge des premiers essais, une artiste avait réalisé toute jeune un étourdissant coup de maître à partir des ces "tableaux". Les vues des fameuses kartinka russes avaient été brillamment recommencées par elle, dans les années quatre-vingt, et la Porte de Kiev, (le tonnerre des mille claviers de la fin) fut une vraie surprise ; mi-réaliste mi-fantastique, d' une manière libre, inventive, attirante comme un décor de scène. Dans un style dégagé, aux teintes très vives, avec des ellipses de formes très habiles, l'artiste prouva d'un coup qu'elle était un vrai peintre. Par la suite, de nombreuses expositions suivirent. L'auteur de toutes ces toiles, avec des sujets animaliers, un environnement curieux et lancinant de plantes, de sous-bois ambigus, de fonds marins remplis d'histoires, d' animaux en apparence un peu "naïfs" mais pensés avec des inventions saisissantes et mythologiques-- il y en a même  sur le site de la BBC -- imposa sa marque raffinée et son monde enchanté. Cristina Rodriguez a vécu installée à Londres pendant des décennies, et elle a déjà plus de cinq cents toiles à son actif.Venue d'Amérique Latine, londonienne d'adoption et d'un tempérament plutôt globe-trotter, elle enrichit le monde de patientes vues très denses, sans doute inspirée par ces pays tropicaux pleins d'arbres irréels, surréels, de fleurs qui doublent de taille en une nuit, de beautés d'une rareté très explosante-fixe, (!) qui semblent se doter chaque jour de tenues nouvelles, comme des fleurs-mannequins du Museum en essayage perpétuel. Sombre également, l’œuvre est attirante par une mélancolie qu'on sent parfois assez amère, et la surface qui dessine et fait vivre ces sujets, possède en filigrane des notes graves. Les peintres qui font vivre l'art et qui en vivent sont peu nombreux. Cristina Rodriguez, elle, a vécu en vendant ses toiles et en travaillant sans cesse – on trouve sur son site, fort heureusement, un très grand choix de reproductions de haute technologie (d'ailleurs plutôt abordables). La ville de Genève lui consacre au printemps prochain une grande exposition dans un lieu de prestige. Après celles de Londres, de Paris, Belgique, Afrique, et bien d'autres lieux, comme on le constatera sur le site illustré et bio-bibliographique très complet et très documenté de cristina-rodriguez.com où tout est présent. La peinture qu'on dit naïve elle aussi est bleue comme une orange, et quand on s'en approche, on peut l'entendre chanter et pétiller comme les soleils qui nagent sur l'eau des sources.

 

Se référer au site cristina-rodriguez.com pour un panorama de la vie de cette artiste, et dans l'attente de l'exposition qui aura lieu à Genève à "La Cité du Temps" -- l'ile au milieu du Rhône pour ceux qui connaissent -- au printemps prochain. (par l'amateur des lacs italiens -- elevergois eric levergeois)

 

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